En entreprise, l’eau fait partie des ressources que l’on tient souvent pour acquises.
Pourtant, derrière chaque robinet ouvert, chaque machine à café utilisée ou chaque poste de nettoyage, une réalité invisible se joue : celle de la qualité de l’eau que nous consommons, que nous rejetons, et que nous laissons aux générations futures.
L’eau non filtrée, c’est-à-dire utilisée sans traitement préalable ou évacuée sans considération de ses impacts, représente un véritable angle mort environnemental. En tant qu’acteurs économiques, les entreprises ont un rôle clé à jouer pour améliorer durablement la qualité de cette ressource vitale.
Une pollution discrète mais omniprésente
Selon l’UNESCO, environ 80 % des eaux usées dans le monde sont rejetées sans aucun traitement (UN World Water Development Report, 2021). Cette statistique, alarmante à l’échelle mondiale, mérite aussi qu’on s’y attarde localement : car même dans les pays développés, les stations d’épuration classiques ne sont pas conçues pour filtrer les micropolluants.
Résidus de médicaments, perturbateurs endocriniens, micro plastiques, solvants ou encore produits ménagers se retrouvent dans les eaux rejetées, puis dans les rivières, les sols, et in fine dans les nappes phréatiques. Ces contaminants peuvent avoir des effets dévastateurs sur la biodiversité aquatique, perturber les chaînes alimentaires et affecter la santé humaine par bioaccumulation.
Ce que l’on ne voit pas dans l’eau peut changer durablement l’équilibre de notre environnement.
Le rôle sous-estimé des entreprises
On pense souvent que la pollution de l’eau est le fait des grandes industries chimiques ou agricoles. Mais la réalité est plus diffuse. Toutes les entreprises consomment de l’eau — dans leurs locaux, leurs cuisines, leurs sanitaires, leurs équipements techniques.
Sans filtration adaptée, cette consommation peut avoir un double effet néfaste : d’une part, elle dégrade la qualité de l’eau redistribuée dans les réseaux ; d’autre part, elle alimente un gaspillage massif.
Par exemple, dans de nombreux bureaux, les systèmes d’eau potable (robinets, fontaines, machines à café) ne sont pas équipés de filtres performants, ce qui nuit à la qualité de l’eau bue… mais aussi à celle rejetée. Certains usages, comme le nettoyage à grande eau ou l’utilisation de produits non écologiques aggravent encore ce bilan.
Selon le CNRS, il faut jusqu’à 8 litres d’eau pour traiter 1 litre d’eau polluée. Autrement dit, mal consommer l’eau, c’est aussi en consommer beaucoup plus que nécessaire.
Pourquoi agir dès maintenant ?
Les entreprises ont aujourd’hui tout à gagner à prendre en main leur politique de gestion de l’eau. D’un point de vue environnemental, bien sûr, mais aussi stratégique et réglementaire.
Une meilleure qualité d’eau dans l’entreprise permet :
- de réduire son empreinte écologique en limitant les rejets polluants et les consommations inutiles ;
- de garantir un environnement plus sain pour les collaborateurs, en éliminant certains contaminants ou bactéries potentiellement présents dans les réseaux internes ;
- de répondre aux exigences croissantes des normes environnementales (ISO 14001, reporting CSRD, critères ESG, etc.).
Enfin, il ne faut pas négliger l’impact sur l’image de marque. Les consommateurs, les talents, les partenaires et les investisseurs sont de plus en plus sensibles aux engagements concrets des entreprises, et l’eau est une thématique encore peu exploitée mais fortement symbolique.
Quelles actions concrètes peuvent être mises en place ?
L’amélioration de la qualité de l’eau ne demande pas forcément des investissements massifs. Il existe des leviers simples, efficaces, et souvent rentables à court terme :
- Installer des systèmes de filtration écologiques comme des fontaines pour améliorer la qualité de l’eau potable, limiter le recours aux bouteilles plastiques et réduire la pollution en sortie ;
- Équiper les bâtiments de capteurs de consommation d’eau intelligents, pour détecter les fuites, mesurer les usages et sensibiliser les utilisateurs ;
- Adopter des produits d’entretien éco-certifiés, moins nocifs pour les réseaux d’eaux usées, tout en formant les équipes à leur bon usage ;
- Valoriser les écogestes auprès des collaborateurs : consommer moins, mieux, et en conscience.
Ces actions, mises bout à bout, peuvent transformer une entreprise consommatrice d’eau en actrice responsable de la préservation de la ressource.
Et maintenant, on fait quoi ?
L’eau est une ressource précieuse, mais fragile. Sa gestion ne peut plus reposer uniquement sur les collectivités ou les institutions.
Chaque entreprise, à son échelle, a un rôle à jouer pour garantir une eau de meilleure qualité pour tous.
Prendre des décisions aujourd’hui pour la préservation de l’eau, c’est contribuer à construire une économie plus sobre, plus saine, et plus résiliente.